Le vote : la «mise en urne» de sa propre voix

Le rituel de la farce électorale provoque chez les libertaires de tout poil, soit d’âpres et sanguinaires débats (vote tactique, vote de protestation, vote blanc, vote de déstabilisation,…), soit un long bâillement indulgent, tant le dilemme de l’utilité ou non du vote semble résolu une fois pour toute (inutile bien sûr !).
Aux uns qui rêvent de faire vaciller le pouvoir par le biais des urnes, les autres opposent la vacuité des messes électorales et la fourberie des élus. S’il me paraît évident que les urnes n’ont jamais engendré de révolution, le principe du vote dans les démocraties auto-proclamées représentatives n’en est pas pour autant un rituel désuet et inutile, une survivance ringarde des pratiques sociales du 20ème siècle. Je crois bien au contraire que c’est le premier élément de police de la république bourgeoise. L’acte de mise en urne de sa propre voix est avant tout l’acte de la soumission volontaire et délibérée de l’individu au pouvoir d’un autre. Voter dans un système électoral représentatif, c’est avant tout accepter qu’un autre parle et décide à sa place. Voter, c’est donc en tout premier lieu se défaire de sa propre liberté, de sa propre responsabilité. Les scribes de la république ne s’y trompent pas lorsqu’ils gravent sur leurs tablettes les termes explicites de “représentation par les élus”, de “délégation de pouvoir”, ou encore de “légitimation par les urnes”. Bien plus qu’un escadron de gardes mobiles, qu’une armée en parade aux portes du désordre, qu’un juge à la robe aussi noire que la mort et la peine, le système électoral n’est rien d’autre que la capitulation de l’individu au nom du principe du nombre, du principe de majorité. Contrairement à ce que prétendent bon nombre de “citoyens” en brandissant leur carte d’électeur, participer à ce rite païen, ce n’est pas prendre ses responsabilités, c’est les fuir, c’est demander à quelqu’un d’autre de décider à sa place. Voter ce n’est pas agir, c’est s’engager à ne pas agir, c’est admettre que ses propres actions soient interdites, décidées ou ordonnées par d’autres.
Cette vision du système électoral n’est pas une construction théorique, mais le constat du mode de fonctionnement réel de nos sociétés totalitaires. Comme le disait mon prof de droit : l’élection, c’est le prix de la paix sociale. Les politiciens de profession qui, eux, vivent (et très bien) d’un tel système le savent parfaitement, qui après chaque grondement social, se dépêchent d’organiser de nouvelles élections. D’ailleurs, même en temps de “paix sociale”, l’élection est nécessaire pour assurer aux dirigeants la soumission consentante et récurrente de la population. Les rituels organisés à intervalles de temps plus ou moins réguliers ont pour fonction première de rappeler à l’individu qu’il accepte ce pacte de résignation. Peu importent les résultats des élections (ils s’arrangent toujours entre eux), l’essentiel est que les “citoyens” acceptent le pouvoir des élus. Tout est mis en œuvre pour rappeler au quidam que c’est là le fondement du fonctionnement démocratique. Journaleux en tête, tous les communicateurs de la république sont alors chargés de donner l’impression à chaque individu — républicain — qu’il participe à l’élaboration de la démocratie. Les combats télévisés de petits chefs, les révélations croustillantes, les discours sur la constitution, même les affaires juridico-mafieuses sont avant tout un spectacle destiné à faire de l’élu le garant (fragile) de la démocratie, et de l’électeur un irresponsable consentant.
La construction d’une société nouvelle nécessite d’abattre jusqu’à la dernière pierre ce temple de l’exploitation qu’est la république. Mais cela nécessite avant toute chose que chaque individu refuse que d’autres parlent, décident, organisent et légifèrent à sa place.
Voter, c’est se soumettre.
CNT-AIT via Resistance71
shana23jfw:
Voter c’est signer un chèque en blanc à tous ces guignols dont le seul but est de nous dépouiller année après année, génération, après génération !
Resistance71:
Ne pas voter c’est se soumettre aux caprices des politiciens? Absolument pas, car sans voter, on n’est pas obligé d’acquiescer. On peut refuser beaucoup de choses légalement ou non, mais une fois de plus la loi n’est faite que pour opprimer et protéger les aristocrates.
Par contre voter oui c’est se soumettre à leurs caprices et désideratas car il n’y a plus aucun contrôle sur les guignols une fois en place, plus moyen de les sortir, seulement de les remplacer par le prochain clown qui n’en fera qu’à sa tête ou celle de son parti à la botte du CAC40 et des oligarques en place.
Il n’y a pas de solutions au sein du système. Le vote est une abdication de sa souveraineté citoyenne, il n’est autorisé que s’assurer que le “citoyen” réduit depuis belle lurette à l’état d’électeurs qu’on dépoussière à chaque échéance grand-guignolesque et de contribuable vache à lait, cautionne le consensus du statu quo oligarchique.
Ce n’est qu’une vaste fumisterie, un jeu pseudo-démocratique où les dés étaient pipés dès le départ.
Le seul vote acceptable est celui du citoyen qui participe directement et donc SANS INTERMEDIAIRE à la vie politique, économique et sociale. En autogestion, beaucoup de choses coulent de source et se règlent sur place par le simple bon sens pratique.
Le système étatique sous quelque forme que ce soit a besoin de ses larbins pour fonctionner et préserver les privilèges du petit nombre. Les citoyens n’ont pas besoin du système pour fonctionner, ils fonctionnent parfaitement tous seuls en associations volontaires fédérées.
Ne pas voter et se fédérer en associations autogestionnaires forme un contre-pouvoir qui retire et délégitimise l’escroquerie en place ! Pas de délégation de pouvoir. C’est, avec l’inégalité sociale, la source de la vaste majorité des maux de notre société.