« Le travail tue, le travail paie
Le temps s’achète au supermarché
Le temps payé ne revient plus
La jeunesse meurt de temps perdu »
(Raoul Vaneigem, La vie s’écoule, 1961)
Nous sommes les 99%. Nous sommes aussi les 99% à servir, dévoués (la fides populi veut que nous ayons sciemment choisi cette voie) à notre public (lui aussi, 99%) dans des conditions délétères.
La mesure des mensonges qui gagnent les oreilles des agents publics (jugez plutôt : agents contractuels, vacataires impayés, un classique de l’administration française, mais aussi – est-ce inédit dans l’histoire militaire ? – des soldats sans solde !) n’a d’égal que la propension des gouvernances qui les engendrent à distribuer bon points, remontrances et antiennes rassurantes. Sortie des universités, marchant allègrement dans les chausses-trappes qu’incarne le monde post-fac des stages frénétiques sinon débilitants, la jeunesse endosse des contrats spécialisés, avec pour rémunération la solde, justement, d’un troupier (depuis devenu stagiaire non-rémunéré, lui-aussi).
Où l’on parle de crise pour signifier la banqueroute d’institution, l’on parle, sur un plan, disons, macroéconomique (i.e. Les établissements publics chargés de l’éducation, de la culture et de l’enseignement) d’ « incidents marginaux ».
Le discours policé nous indique qu’il faut harmoniser, moderniser. Malgré les vicissitudes, nous tenons bon. Malgré le mécontentement d’un public qui voit baisser le minimum syndical que se doit d’offrir un service public. L’université française est à la dérive. La LRU, que l’on savait pernicieuse malgré les louanges de liberté, en faisant peser sur un établissement des charges insurmontables sans dispositifs de transition débattus et réfléchis, a engouffré le monde universitaire dans un marasme sans précédent. La promesse de liberté, récusée ouvertement dès le départ (certains présidents d’université, rappelons-le, ont été élus pour leur prise de position contre la LRU) a fait place à la soupe à la grimace. Présidents dépassés jouant l’arlésienne, administrateurs au psittacisme symptomatique d’un malaise prégnant. Circulez, il n’y a pas de problème. 8 universités, au bord de la banqueroute, sont en train de passer sous tutelle budgétaire des rectorats. Pas moins. L’argent public est devenu le vin de vigueur du 1% d’irresponsables.
Vous avez, si vous êtes agent public, un devoir de réserve. Celui-ci vous intime de ne pas mettre en péril votre administration par une attitude ou des propos susceptibles de lui porter atteinte. Vous avez quant à vous un devoir essentiel, celui de vivre et d’être payé parce que vous avez travaillé, en vertu d’un contrat, si précaire soit-il. Ce droit, c’est donc, en cinq mots, celui de refuser d’être en péril. Refusez les conditions infectes justifiées par les circonstances soi-disant extraordinaires des officines du cynisme.
REFUSEZ.
Occupez, maintenant !
Témoignage de J. J.
Source : OCCUPY LYON